Rencontres
21.03.2021

De l’autre côté du zinewall

Entretien avec Samuel Etienne

Le mur de fanzines est arrivé à La Nouvelle Vague début 2020 dans l’escalier qui mène aux studios de répétition. Rencontre avec son créateur.

Peux-tu te présenter ?

Je suis originaire de Nantes, le club de l’Ouest 8 fois champion de France 😉 et je vis à Saint-Malo depuis 2012. Après avoir été enseignant-chercheur en géographie environnementale pendant 20 ans, je travaille depuis deux ans sur les rapports entre arts et sciences.

Le Zinewall en images

Comment t’est venue la passion du fanzinat ?

J’ai sorti mon premier fanzine – sans savoir que cela en était un – à presque 14 ans (fin 1984), il s’appelait MAXI. Il n’y était pas sujet de rock ou de punk mais du Top 50 ! J’y présentais des fausses interviews de Jean-Jacques Goldman, Kim Wilde, etc. puisque l’idée était de détourner de vraies interviews parues dans les revues OK Podium ou Salut Les Copains en prenant les questions posées à Jean-Jacques Goldman suivies des réponses de Karen Cheryl ! Mais j’ai vraiment démarré le fanzinat plus tard au lycée : avec quelques copains, on écoutait à peu près la même musique et nous avons créé THE GOSSIP, dont le titre faisait référence aux Toy Dolls. Nous avons tiré d’abord à 50 exemplaires. Un an et 5 numéros plus tard, on atteignait 1000 exemplaires puis 5000 sur un 4 pages A4. On faisait aussi une émission de radio sur Alternantes, radio moitié pirate à l’époque, où on invitait les groupes locaux chaque semaine. Et puis on a sorti une compil K7, Rock N’ Noël, au moment de la création des Rockeurs ont du Cœur, organisé des concerts aussi. Avoir 18 ans, pas de moyens, pas d’expérience et être capables via le fanzine de participer activement à la scène rock locale était quelque chose d’incroyablement stimulant. Je n’ai jamais arrêté de faire des fanzines par la suite car c’est un média qui permet de créer du lien social très facilement.

 

Nous avons tiré d’abord à 50 exemplaires. Un an et 5 numéros plus tard, on atteignait 1000 exemplaires puis 5000 sur un 4 pages A4.

Constates-tu un impact de la covid sur la parution de fanzines ?

Très clairement, oui ! Avec le premier confinement, notamment, qui a incité pas mal de personnes à se lancer, parfois pour la première fois, dans la publication de fanzines. Le terme « quaranzine », jeu de mot avec quarantine en anglais, est apparu très vite. Un festival en ligne de quaranzines a été organisé, des appels à contribution ont circulé pour l’édition de fanzines collectifs. Cela continue et cela aide des gens à surmonter cette épreuve d’enfermement. D’ailleurs, avec mon fils qui a 7 ans, on a créé le fanzine CoroNananère dès les premiers jours de confinement afin qu’il puisse garder des liens et échanger avec ses copains de classe de la Gentillerie. Mais l’idée a tellement bien pris que les contributions sont arrivées de toute la France, d’Europe et même de Nouvelle-Calédonie ou du Québec. On a publié 8 numéros au total.

Je trouve que le fanzine n’a pas sa place sous une vitrine, il semble prisonnier dans une cage de verre.

D’où vient l’idée du zinewall ? Est-ce une première ?

En 2016, j’ai été invité au salon du fanzine REBEL REBEL au FRAC de Marseille pour y donner une conférence. Je leur ai proposé, à partir de ma collection d’environ 1500 fanzines, de réaliser une petite exposition autour des fanzines, puis l’installation d’un mur de zines, que j’ai appelé ZINEWALL. J’ai organisé trois expositions sur les fanzines, dont une à la Grande Passerelle en 2017, et je trouve à chaque fois que le fanzine n’est pas vraiment à sa place sous une vitrine. Alors que c’est un média symbole d’une très grande liberté individuelle, là il semble prisonnier dans une cage de verre. Donc le ZINEWALL, c’est une installation éphémère faite de photocopies collées au sol, aux murs, au plafond qui rappelle le côté frondeur et hors-normes des fanzines. J’y utilise les fanzines comme matériau plastique de base, je les recycle, les mélange, peu importe les époques, cela recrée une sorte de fanzine géant détournant lui-même des fanzines qui ont existé, un mélange de mémoire du passé qui revit, mais sans lendemain, un entre-deux…

 

Le zinewall de La Nouvelle Vague est le 14e que j’ai réalisé depuis 2016. Il est constitué de fanzines publiés à Saint-Malo ou Rennes depuis la fin des années 70. C’est aussi le premier où j’insère du papier couleur afin de retrouver un aspect d’affiches déchirées, clin d’œil au travail de l’artiste plasticien Jacques Villeglé, inventeur de l’affichisme qui réside en partie à Saint-Servan.

Tu es membre du collectif d’artistes COEF 180. Peux-tu nous en dire un peu plus sur son rôle, ses actions, ses membres… ?

J’ai rejoint COEF 180 il y a un peu plus de deux ans avec l’idée d’introduire le fanzine dans une pratique artistique collective. Outre le fanzine interne Les Cui-Cui de Coef, on a édité ensemble des fanzines au collège Duguay-Trouin à l’issue d’ateliers artistiques mais également à la maison d’arrêt de Saint-Malo. COEF 180 est une association d’artistes malouins aux compétences multiples qui propose des événements ponctuels comme Le Vent en Poulpe et des ateliers de création artistique tout au long de l’année.

Des projets et actualités à partager ?

Le 15e zinewall sera installé à la bibliothèque municipale de Tours en janvier 2021 dans le cadre d’une série de tables-rondes intitulées « Écrire sur le rock ». La seconde édition de mon essai « Les Manifestes de l’art rebelle 100% DIY » est désormais distribuée par Les Presses du Réel. Et enfin je viens de lancer ZINES, une revue de recherche internationale sur la culture fanzine.

As-tu un souvenir ou une anecdote d’un moment à La Nouvelle Vague à raconter ?

En décembre 2019, à La Nouvelle Vague, j’ai remis à Olga, chanteur de Toy Dolls, un exemplaire du n°4 de mon fanzine The Gossip, très exactement 30 ans après sa parution en décembre 1989. Nous avions interviewé ce groupe punk anglais à Rennes en 89 et Olga nous avait fait un dessin, mais il n’avait jamais eu d’exemplaire de ce fanzine. Il avait l’air content et a rappelé que les fanzines sont importants car ce sont toujours eux les premiers soutiens des scènes musicales émergentes.