Musiques en prison : témoignages

Tekemat & Arnaud Le Gouëfflec

Depuis 2015, en partenariat avec la Ligue de l’enseignement 35 et avec le soutien de la DRAC* et du SPIP*, des ateliers de pratique artistique sont proposés aux personnes détenues de la maison d’arrêt de Saint-Malo. Chaque année, un·e ou deux artistes font découvrir leur univers à une dizaine de volontaires à l’occasion d’ateliers d’expression musicale. Ces rencontres sont suivies d’un concert au sein de la maison d’arrêt aux alentours de la Fête de la Musique, durant lequel les participants qui le souhaitent interprètent leur création en public.

*Direction Régionale des Affaires Culturelles / *Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation

Le Studio fantôme est un collectif d’artistes brestois·es qui propose des spectacles et d’autres projets connexes, ainsi que des actions culturelles.

Deux musiciens ont accompagné en 2018 les participants dans l’écriture de  chansons, de tous styles, du rock au rap. À partir de samples, de boucles de sons, ils ont appris à composer et à arranger leur propre morceau, qu’ils ont écrit, interprété et enregistré. Les séances suivantes ont été consacrées à la préparation à la scène, la gestion du trac, la mise en valeur des chansons…

Retour sur le déroulement des ateliers avec l’artiste multi-casquette Arnaud Le Gouëfflec :

« L’atelier s’est déroulé dans de très bonnes conditions, et 10 chansons ont été produites, dont 5 intégralement conçues (textes et musiques), et 5 dont les textes étaient préalablement écrits.

Les participants ont globalement été impliqués tout au long de l’atelier, certains prenant tout de même leurs distances au moment de la restitution publique (même si S., par exemple, sans doute intimidé par le fait de « monter » sur scène, est tout de même venu assister à sa propre chanson, chantée par défaut par un des musiciens).

On peut dégager trois profils : un noyau dur de participants qui ont su tenir jusqu’au bout et concrétiser leur travail, quelques participants moins investis, mais qui ont été présents sporadiquement ou tout au long, parfois plus en spectateurs, encourageant ceux qui en avaient besoin, et quelques chanteurs de rap confirmés, venus une fois pour poser leur texte sur des musiques créées sur place, mais se désintéressant de la suite.

Les relations avec les détenus ont été tout à fait cordiales et constructives. Ils ont pu découvrir les réalité techniques liées à ce type d’exercice, les contraintes d’écriture associées, le fonctionnement de la MPC (machine utilisée), et beaucoup de questions ont tourné autour du coût du matériel. Ils ont aussi pu découvrir les différentes étapes d’un processus de création, de l’écriture jusqu’à la scène.

Lors du concert final, quatre chansons ont été jouées live, dont trois interprétées par les auteurs eux-même (trois personnes en tout) et une par les musiciens, l’auteur
ne souhaitant pas chanter. Deux des chansons auront été jouées deux fois, à la demande du public, remportant un certain succès. »

TeKeMaT est un duo drum and bass d’un genre nouveau. Le soubassophone navigue entre lignes de basse en double son et respiration continue
façon didgeridoo. Les éléments de percussions posés à même le sol ou la batterie sonnent comme des programmations
électro. Une performance spectaculaire et dansante pour ce « sound system acoustique ».

Le duo est intervenu d’avril à juin à La Maison d’Arrêt en 2019 au cours de 6 séances d’atelier. Les participants ont développé un travail rythmique collectif à l’aide d’instruments de percussion – toms basses et petites percussions – autour du répertoire de TeKeMaT.

Matthieu Garreau, aka Matt La Batte, témoigne :

« Matthieu (soubassophone) s’occupait d’organiser les ateliers chant et de mon côté je m’occupais de l’aspect percussions. Très vite nous avons orienté les séances sur la pratique instrumentale
plus que la théorie, l’idée étant de tous passer un bon moment ensemble et quoi de mieux que jouer de la musique pour cela ! Nous partions le plus souvent de propositions de détenus que nous
étoffions avec des variations et suggestions.

Nous étions en général une dizaine, il y avait un noyau dur de participants auquel se joignaient des personnes différentes à chaque séance (pas toujours simple de rivaliser avec la salle de muscu !).

C’était la première fois que j’intervenais en prison. J’ai vraiment apprécié les moments pendant lesquels nous faisions de la musique sans penser à l’endroit dans lequel nous étions, ni les raisons pour lesquelles chacun était là.

Durant la restitution (qui était plus un concert de TeKeMaT) il y avait un soleil magnifique ce qui nous a permis de jouer dehors devant 60 détenus. Certains sont venus rapper, d’autres jouer des percussions, un beau moment de musique et de partage. »